dimanche 8 novembre 2009

Busy making ghosts

A la bibliothèque où je travaille, je dispose souvent d'un "travail de fond", une tâche à faire sur le long terme, sur la quelle je me rabats quand je n'ai plus rien d'autre à faire. Et qu'ai-je fait cette semaine pour occuper les heures vides ? J'ai fabriqué des fantômes. Des revenants par dizaines, avec un cutter et quelques feuilles de plastique enveloppants...

Mais ne vous en faites pas, je n'ai tué personne.

Qu'est-ce qu'un fantôme ? Allons, vous devez connaître : une "apparition qui est accompagnée de la croyance à l'existence extérieure et présente d'un personnage qui n'est plus." Le Wiktionnaire a de ces formules parfois...

Mais un fantôme, dans le jargon des bibliothécaires, c'est aussi un objet qu'on laisse sur une étagère, à la place d'un livre déplacé. Là où je bosse, c'est une plaque de carton avec la cote du livre et l'endroit où ce livre se trouve maintenant. Comme disait Thom Yorke dans sa chanson Skip Divided : "I just need my number and location."

Au milieu des rayons, vous cherchez le volume tant convoité, dont vous avez arraché le nom au catalogue, et au détour d'une allée, vous croyez l'avoir trouvé. Plus qu'un peu d'escalade le long de l'échelle et il sera à vous...mais non. Vous ne trouvez que son fantôme. Un peu comme si, à la place de la personne recherchée, vous ne trouviez qu'une pierre tombale.

Un écho en carton tout maigre, qui n'est plus que l'ombre de la masse de papier, reliée de cuir et débordant de connaissance. Cette masse, on l'a enterré dans une réserve, déplacé sur un autre site, dans un au-delà très loin ; peut-être parce qu'on manquait de place, ou peut-être parce que le système de rangement a changé. Heureusement que le fantôme vous dit où aller, quelle est la prochaine étape de votre quête. C'est qu'il n'a pas envie d'être laissé à l'abandon. Je vais arrêter les références, mais votre princesse est dans un autre château.

Je me demande si certains lecteurs sont découragés quand ils trouvent un fantôme. Il m'arrive parfois d'avoir ce genre de déconvenue, quand je dois ranger un ouvrage et faire la navette entre tous ses emplacements.

Mais au moins, je reconnais une de mes créations. Je découpe, je plastifie, j'imprime et affiche la cote et l'emplacement, et j'enregistre l'endroit que hante ce fantôme. Pour que le lecteur suive ce jeu de piste, et qu'il finisse par retrouver le savoir qu'il recherche. Quand on y pense de la bonne façon, ce n'est pas si inintéressant, comme tâche...

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